Bien avant que l’île ne devienne une destination confidentielle prisée des voyageurs en quête d’authenticité, les vins de La Palma voyageaient déjà à travers l’Europe.
Au XVIe et XVIIe siècle, les barriques quittent les ports des îles Canaries pour rejoindre l’Angleterre, les Flandres et les grandes cours prestigieuses européennes. Un vin solaire, intense, né de terres volcaniques. On les appelle alors le “Canary wine”.
Même William Shakespeare y fait référence dans plusieurs de ses pièces, évoquant ce vin des Canaries avec une familiarité qui témoigne de son prestige à l’époque d’Elizabeth II.
Plus qu’une dégustation ou un terroir, ce sont des siècles d’histoire qui ravivent les papilles.

Le “Canary wine” : une renommée prestigieuse dans l’Europe de la Renaissance
À l’époque de Shakespeare, les vins issus des îles Canaries jouissent d’une réputation exceptionnelle. Produits notamment à partir du cépage Malvasia, ils ont un goût identififable entre mille, riches, aromatiques et capables de supporter les mers capricieuses sans perdre de leur qualité, un atout majeur à une époque où le transport maritime met les vins à rude épreuve.
Dans les cultes Henry IV ou The Merry Wives of Windsor, Shakespeare mentionne le “Canary” comme un vin apprécié des cercles aristocratiques. Un gage de qualité pour un vin prisé, apprécié et recherché.
Dans la scène de la taverne (Mistress Quickly parlant à Doll Tearsheet), on lit :
“I’ faith, sweetheart, methinks now you are in an excellent good temperality: your pulsidge beats as extraordinarily as heart would desire, and your colour, I warrant you, is as red as any rose, in good truth, la! But, i’ faith, you have drunk too much canaries; and that’s a marvellous searching wine, and it perfumes the blood ere one can say ‘What’s this?’ How do you now?”
Henry IV, Part II, Act II, Scene 4
Plus qu’un vin ordinaire, c’est une affaire d’élégance, de raffinement. Un signe marquée dans les plus grandes cours européennes.
Parmi les territoires producteurs, La Palma occupe une place importante. Grâce à ses sols volcaniques riches en minéraux et à son climat doux toute l’année, l’île développe très tôt une identité viticole forte.
Ce passé inscrit la culture de La Palma dans une histoire européenne plus vaste, dépassant largement les frontières de l’archipel.
Les Canaries, dernier refuge européen de la vigne non greffée
Aux îles Canaries subsiste l’un des derniers vignobles européens non greffés sur porte-greffes américains, vestige rare d’un monde viticole pré-phylloxérique.
Ici, la vigne pousse encore “en franc de pied”, enracinée directement dans des sols volcaniques d’une grande singularité.
Cette continuité biologique, rendue possible par l’absence historique du phylloxéra, confère aux ceps une relation intacte avec leur terroir, sans médiation agronomique.
La multiplication du vignoble repose sur un savoir-faire traditionnel : le bouturage de sarments lignifiés issus de la taille hivernale. Enfouis dans les sols minéraux, ils développent naturellement leurs propres racines, donnant naissance à des clones fidèles du pied mère.
Ce mode de culture, devenu exceptionnel à l’échelle mondiale, façonne des vignobles d’une grande identité ampélographique, où chaque micro-terroir exprime directement son influence sur la vigueur et le style du vin.
Volcan et océan : les mamelles d’un terroir de qualité
Les vignobles de La Palma sont uniques au monde.
Plantées sur des sols volcaniques, parfois en terrasses escarpées dominant l’Atlantique, les vignes s’enracinent dans une terre noire, minérale, profondément marquée par l’activité géologique de l’île.
Ce lien entre nature brute et ambition humaine se retrouve dans toute l’identité de La Palma.
La vigne, ici, n’est pas simplement cultivée. Elle dialogue avec le territoire.
Les vins qui en résultent sont souvent décrits comme intenses, salins, lumineux. Ils portent en eux la mémoire du sol, un art qui s’étale sur des siècles d’histoire.
La culture de La Palma, au-delà du simple voyage
Évoquer Shakespeare en parlant des vins des Canaries n’est pas un simple détail historique. C’est la preuve que La Palma s’inscrit depuis des siècles dans un réseau d’échanges artistiques et commerciaux internationaux.
Cette profondeur historique donne une dimension particulière au séjour.
On ne découvre pas seulement un paysage.
On entre dans une histoire.
Un patrimoine que l’on retrouve dans :
- la gastronomie locale
- les traditions rurales
- les villages côtiers
- et même dans la relation singulière que l’île entretient avec son ciel parmi les plus purs du monde
Tout est lié : la terre, le vin, le ciel, l’océan.

