La Palma et le début d’un lien avec l’Amérique
À partir de la fin du XVe siècle, après la conquête des îles Canaries et l’expansion atlantique initiée par Christophe Colomb en 1492, La Palma s’est intégrée aux routes maritimes vers l’Amérique, notamment vers les Antilles. Cette position stratégique a ouvert un intense échange de personnes, de produits et de cultures entre les Canaries et les Caraïbes.
Dès le XVIe siècle, de nombreux Canariens émigrent vers Cuba, où ils participent au développement agricole, en particulier à la culture du tabac. C’est là qu’apparaît la figure du vegüero, cultivateur spécialisé dans cette plante, qui combine savoirs traditionnels et nouvelles techniques, comme l’amélioration du repiquage des semis. Avec le temps, certains Canariens deviennent également petits producteurs et fabricants de tabac.

Émigration et transformations économiques au XIXe siècle
Au XIXe siècle, l’émigration canarienne augmente fortement en raison des difficultés économiques de l’archipel. La crise de l’agriculture traditionnelle, notamment le déclin de la cochenille, ainsi que l’absence d’une base industrielle solide poussent de nombreuses personnes à partir.
Le décret des ports francs de 1852 tente de stimuler l’économie en instaurant un système de libre-échange. Cependant, ses effets restent limités dans une population marquée par la pauvreté. L’émigration vers l’Amérique, surtout vers les Caraïbes, demeure donc une issue majeure.
Certains émigrants réussissent à faire fortune et reviennent aux îles. On les appelle les indianos, devenus un symbole de réussite et laissant une empreinte durable sur la société et le paysage canarien.

Le commerce du tabac et le rôle de La Palma
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les commerçants de La Palma développent leurs propres réseaux, contrôlant en grande partie les échanges entre La Havane et d’autres régions des Antilles. Le tabac devient l’un des produits clés de ce commerce atlantique.
L’essor des entreprises au XXe siècle
Au XXe siècle, le secteur du tabac s’organise autour de plusieurs sociétés. Parmi elles se distingue la La Palma Tobacco Company Limited, une société de capitaux britanniques basée à Londres avec des représentations aux Canaries. On voit également apparaître un syndicat belgo-canarien, témoignant de l’internationalisation progressive du secteur et de la présence croissante de capitaux étrangers dans l’industrie tabacole insulaire.
Les zones de culture du tabac à La Palma
Le tabac trouve à La Palma des conditions idéales grâce à un climat humide et à l’influence des alizés. La culture se concentre dans des zones comme Breña Alta, Breña Baja, Mazo et El Paso, notamment autour de la Caldera de Taburiente. On en cultive aussi à Los Llanos de Aridane, Tazacorte, San Andrés y Sauces et Barlovento.
Le printemps est la période la plus favorable à la croissance de la plante. La production connaît des phases de prospérité, mais aussi de déclin, notamment à cause de maladies comme le mildiou bleu dans la seconde moitié du XXe siècle.

Du semis au champ : la culture du tabac
La culture du tabac commence par le semis, entre décembre et mars. La graine donne naissance à un jeune plant appelé posture, transplanté lorsqu’il atteint entre 15 et 25 centimètres.
Au champ, la plante nécessite des soins constants : suppression des bourgeons, renforcement du pied et contrôle de la croissance. Elle atteint environ 60 à 70 centimètres, moment où commence la récolte des feuilles, notamment celles de la partie centrale, les plus qualitatives.
Le séchage : la maison du tabac

Après la récolte, les feuilles reposent à l’ombre avant d’être enfilées sur des perches appelées cujes dans la maison du tabac. Elles y sèchent lentement, à l’abri du soleil et avec une bonne ventilation.Quelques jours plus tard, on procède au maillage, qui consiste à séparer les feuilles pour assurer un séchage homogène. Le processus se poursuit jusqu’à la déshydratation complète, entre octobre et décembre. Le tabac est ensuite regroupé en bottes et stocké en pilones.
La cure du tabac : une transformation essentielle
Les feuilles sont classées selon leur qualité, leur couleur et leur texture, puis empilées en pilones sur des supports en bois. Elles y subissent une fermentation contrôlée par l’humidité.
Ce processus transforme profondément le tabac et détermine sa qualité finale. Cette technique, perfectionnée au fil du temps, a élevé ce savoir-faire au rang d’artisanat d’exception.
Le cigare artisanal : un savoir-faire manuel
La fabrication du cigare à La Palma est entièrement artisanale et comprend trois étapes : préparation des feuilles, roulage et finition.
Avant le roulage, le tabac est humidifié (moja) et les nervures épaisses sont retirées. Les feuilles sont ensuite classées en capa (enveloppe extérieure), tripa (intérieur) et capote (couche intermédiaire).
Le torcedor sélectionne soigneusement chaque feuille selon sa qualité, sa taille et sa couleur avant de rouler le cigare à la main.
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Une tradition en déclin mais toujours vivante
En 2000, l’industrie du tabac à La Palma employait environ 250 personnes et produisait près de 10 millions de cigares par an. Environ 60 % de la production était destinée au marché intérieur, le reste étant exporté vers le Japon, l’Angleterre, l’Autriche, la Suisse et l’Allemagne.
Aujourd’hui, l’activité a fortement diminué. Il ne reste plus que trois ou quatre ateliers familiaux qui perpétuent encore cette tradition, contribuant à préserver un savoir-faire profondément enraciné dans l’identité de l’île.





